L'Agence internationale de l'énergie (AIE) recommande à la Suisse de miser davantage sur les solutions renouvelables et non fossiles pour les réseaux thermiques afin de couvrir les charges de pointe. Dans la pratique, on continue toutefois à recourir le plus souvent aux énergies fossiles, bien qu'il existe de bonnes alternatives. Seule une minorité des réseaux prévus font même l'objet d'une étude de faisabilité pour une variante entièrement exempte d'énergies fossiles, sans biomasse. Si la stratégie actuelle est maintenue, les émissions de CO2 des réseaux thermiques pourraient atteindre 0.8 million de tonnes par an en 2050. Mais ce n'est pas une fatalité : Les réseaux thermiques sans combustibles fossiles et sans biomasse sont déjà techniquement possibles et économiquement réalisables aujourd'hui. Cette étude s'est penchée sur une sélection de réseaux thermiques existants et prévus, sans fossile ni biomasse, ainsi que sur des études de faisabilité. Les réseaux utilisant la biomasse (bois, biogaz) ont été exclus en raison de la disponibilité limitée de cette source d'énergie. La biomasse, ressource disponible en quantité limitée, est utilisée à bon escient dans les secteurs difficiles à décarboniser et nécessitant de la chaleur à un niveau de température élevé. Un approvisionnement en chaleur renouvelable avec des réseaux thermiques est en principe réalisable, le potentiel de chaleur des sources d'énergie renouvelables dépassant largement les besoins en chaleur de confort de la Suisse. Les technologies nécessaires (pompes à chaleur) sont déjà établies. Les défis à relever pour la mise en oeuvre de réseaux thermiques sans combustibles fossiles et sans biomasse sont donc davantage liés à la rentabilité et à l'espace souvent limité dans les centrales énergétiques. Les coûts d'investissement pour une pompe à chaleur sont nettement plus élevés que pour une chaudière à gaz, alors que les coûts d'exploitation sont faibles pour les deux. Ces coûts d'investissement élevés font que les pompes à chaleur sont en principe plus chères que les variantes fossiles lorsqu'elles sont utilisées pour couvrir les charges de pointe. Dans une comparaison des coûts complets sans les coûts uniques de raccordement, les réseaux thermiques sans biomasse considérés sont en moyenne environ 22 % plus chers qu'un échantillon du Surveillant des prix de réseaux thermiques avec couverture de la charge de pointe par la biomasse ou les énergies fossiles. Les coûts des réseaux thermiques sans énergie fossile peuvent toutefois être réduits en diminuant la charge de pointe. Pour ce faire, il existe divers concepts, tels qu'un recours accru au stockage et une optimisation de l'exploitation des réseaux thermiques. En raison du changement climatique, les hivers seront moins souvent très froids et moins froids en général. Cela réduira à l'avenir l'ampleur et la fréquence de la charge de pointe. Le recours aux combustibles synthétiques ou au captage et au stockage du carbone (CSC) pour décarboniser les réseaux thermiques constituerait en principe une stratégie de « continuité », car ces deux technologies ne sont pas encore disponibles à l'heure actuelle avec une capacité et une maturité technologique suffisantes. De plus, une telle stratégie serait soumise à de grandes incertitudes et dépendrait de l'étranger. Selon les calculs effectués dans le cadre de cette étude, l'utilisation de combustibles synthétiques entraînerait des coûts de production de chaleur nettement plus élevés pour la charge de pointe que la production de chaleur au moyen d'une source de chaleur renouvelable et de pompes à chaleur.