Le projet SunHy a pour objectif d’étudier la faisabilité économique et les impacts de la production décentralisée d’hydrogène vert en Suisse, en valorisant les excédents de production photovoltaïque à faible coût. Cette approche innovante, reposant sur l’utilisation d’électrolyseurs compétitifs, vise à créer une alternative durable aux renforcements coûteux des réseaux électriques, tout en soutenant la transition énergétique et la décarbonation.
L’étude se concentre dans un premier temps sur la caractérisation technique et économique de la production d’hydrogène vert. Elle explore différents scénarios de fonctionnement, échelles de puissance et horizons temporels, adaptés aux spécificités géographiques suisses (rural, périurbain, alpin). Parallèlement, les applications potentielles de l’hydrogène sont analysées, qu’il s’agisse de stockage local, de réélectrification ou d’autres usages énergétiques et industriels. Ces analyses intègrent les coûts, les contraintes logistiques et la maturité technologique des solutions envisagées.
Le projet étudie également les possibilités de valorisation centralisée, telles que le stockage saisonnier et les moyens de transport adaptés (gazoducs, transport routier ou ferroviaire), afin de répondre aux besoins nationaux en électricité hivernale. Enfin, il combine ces analyses pour quantifier le potentiel économique, énergétique et écologique de la production décentralisée d’hydrogène et en évaluer l’impact global sur la transition énergétique suisse. Ces travaux permettront de formuler des recommandations concrètes pour le déploiement de cette solution innovante, en tenant compte des conditions techniques, économiques et légales nécessaires.
En apportant des réponses aux défis liés à la gestion des excédents photovoltaïques et au déséquilibre saisonnier entre production et consommation, ce projet ambitionne d’accélérer le déploiement du photovoltaïque en Suisse, tout en soutenant une transition énergétique durable et économiquement viable.
Messages clés («Take-Home Messages»)
- Des surplus d’électricité conséquents sont anticipés dans la plupart des quartiers ruraux et périurbains. En équipant d’électrolyseurs les sous-stations moyenne-tension/basse-tension des quartiers les plus favorables (combinant un fort potentiel solaire et un transformateur de grande taille), une production annuelle d’hydrogène de 9 TWh à horizon 2035 et 16 TWh à horizon 2050 serait possible.
- La taille optimale d’électrolyseurs à l’échelle du quartier (sous-station transformatrice) est de l’ordre de 500 kW en zone périurbaine à horizon 2035, et jusqu’à 1500 kW à horizon 2050 (300 kW à 1200 kW en zone rurale). La puissance totale d’électrolyse serait ainsi de 3 GW en 2035 et 8 GW en 2050, pour des prix de 5 à 10 milliards de francs, bien en deçà des prix envisagés pour le renforcement du réseau.
- Le coût de production de l’hydrogène avec cette approche peut atteindre 12 cts/kWh, mais les étapes de transport et/ou de stockage, nécessaire à l’utilisation pertinente de l’hydrogène généré, doublent voire triplent cette valeur. La combinaison d’hydrogène avec du carbone (typiquement le CO2 d’installations de biogaz, d’usines d’incinération des déchets, ou de site industriel de type cimenterie) permet de réutiliser les infrastructures existantes (réseau de gaz et stockage, ou cuves de stockage de produits pétroliers) et est une piste prometteuse afin de réduire ces coûts de transport et stockage.
- Malgré l’adéquation entre le potentiel énergétique de cette approche et les besoins projetés en combustible de synthèse dans une Suisse décarbonée (tous deux de l’ordre de 10 TWh/an), le bilan économique est le principal frein à son déploiement. Une baisse des coûts d’investissements, une incitation forte à la décarbonation, ou des soutiens publics sont des pistes pour concrétiser cette vision, de même qu’une valorisation efficace de la chaleur grâce à une convergence des réseaux électriques, gaziers et de chaleur.