Depuis des décennies, l'énergie hydraulique est un pilier important du système électrique suisse, assurant à la fois la production et le stockage d'énergie électrique de manière flexible. Parallèlement au déploiement de nouvelles énergies renouvelables, notamment solaire et éolienne, conformément à la stratégie énergétique suisse 2050, des efforts considérables sont nécessaires pour maintenir le rôle de l'énergie hydraulique en tant que pilier d'un système électrique de plus en plus volatile. Entre autres facteurs, la sédimentation des réservoirs a un impact négatif sur les capacités de stockage de l'énergie hydraulique. Sur la base d'un taux de sédimentation de 0.2 % par an, calculé à partir d'études antérieures, l'Office fédéral de l'énergie (OFEN) a prévu une perte de capacité de stockage d'énergie hydroélectrique d'environ 7% (~620 GWh) entre 2019 et 2050. Ce projet vise à réduire les incertitudes liées à l'évaluation de la sédimentation des réservoirs grâce à des simulations numériques à long terme incluant les effets de changement climatique et de différentes stratégies de gestion des sédiments.
Un modèle numérique 1D amélioré est utilisé pour étudier les processus dynamiques de sédimentation dans les lacs de retenue et évaluer l'efficacité de différentes stratégies de gestion des sédiments. L'efficacité de dérivation d'une gallerie de dérivation des sédiments (en anglais Sediment Bypass Tunnel, SBT) de type B est sensible à l’exploitation du réservoir et peut être optimisée en fonction du moment d'ouverture de vanne à l'entrée du SBT par rapport à une onde de crue. Pour les bassins versants suisses non glaciaires, on estime que le rendement sédimentaire moyen, calculé uniquement en fonction du débit fluvial, diminuera légèrement à mesure que le changement climatique s'aggravera. Cependant, les scénarios climatiques extrêmes comportent un risque d'inondations extrêmes et sont donc associés à une grande incertitude. Une stratégie de gestion des sédiments bien planifiée (par exemple, dérivation, déplacement des sédiments dans le réservoir, dragage, exploitation adaptative) peut atténuer efficacement les effets supplémentaires de la sédimentation, et une méthodologie permettant de quantifier l'efficacité de la gestion des sédiments est présentée, qui peut soutenir le processus d'optimisation.
Sur la base des mesures effectuées dans les lacs de retenue suisses et à l'aide de simulations numériques, une méthodologie avancée est proposée pour réaliser une estimation régionale des taux de sédimentation des réservoirs et des capacités de stockage hydroélectrique, qui comprend une nouvelle équation multiparamétrique pour l'efficacité de rétention des sédiments. Pour les 35 plus grands réservoirs suisses, qui représentent 95 % de la capacité de stockage hydroélectrique, le taux de sédimentation moyen pondéré est estimé à 0.059 % par an et le potentiel de stockage hydroélectrique à l'horizon 2025 est calculé à 8000 GWh, en tenant compte de la perte de stockage actif due à la sédimentation. Le taux de perte de stockage hydroélectrique, qui se distingue du taux de sédimentation brut, est estimé à 0.053 % par an, ce qui laisse prévoir une perte de 1.59 % ou 127 GWh au cours des 30 prochaines années.