Lors de la fermentation anaérobie, les micro-organismes interagissent au niveau métabolique pour transformer les matières organiques en biogaz, un mélange gazeux composé de méthane, de dioxyde de carbone et de traces d'autres substances. La quantité de méthane produite ainsi que son taux de production par quantité de substrat utilisée constituent un facteur clé pour l'optimisation du processus. Les interactions microbiennes au sein du processus peuvent se produire par le biais d'un transfert d'électrons entre différents taxons microbiens. Parmi les différents mécanismes décrits, le DIET (Direct Interspecies Electron Transfer) peut être favorisé par la présence de matériaux conducteurs dans le réacteur. De nombreuses études ont exploré ce sujet, et l'ancien projet OFEV DIET SI/501716-01 l'a spécifiquement abordé. Dans le cadre du projet ACME, nous souhaitons évaluer l'avantage réel du mécanisme d'échange d'électrons sur des périodes prolongées et avec le substrat habituellement utilisé dans le digesteur. Pour atteindre cet objectif, deux micro-organismes électrogènes syntrophes connus dans la littérature pour leur activité électrochimique, Methanosarcina barkerii et Shewanella oneidensis, ont été utilisés comme inoculum dans des digesteurs de laboratoire. Les micro-organismes ont été cultivés sur des supports conducteurs et inoculés aussi bien individuellement qu'en combinaison avec la communauté microbienne indigène d'un digesteur réel (digesteur de la station d'épuration de Chiasso). La surveillance dans le temps de la production de biogaz et de méthane a permis d'évaluer l'avantage réel de l'ajout d'un inoculum compatible avec le DIET et contenant un matériau conducteur. Dans les mêmes conditions que dans l'installation réelle, l'ajout de matériau conducteur associé à des micro-organismes syntrophes n'a pas donné de résultats clairs : l'effet positif observé lors des premiers apports dans certaines expériences est masqué par la communauté microbienne naturellement présente dans le digesteur. Dans le digesteur d'essai, cependant, c'est-à-dire en présence simultanée de matériau conducteur et de micro-organismes syntrophes, une production de méthane plus précoce a été observée. La communauté microbienne diffère de celle du groupe témoin et présente une fréquence relative accrue de micro-organismes méthanogènes appartenant au taxon Methanosarcinae. De plus, une autre différence intéressante a été constatée : la production d'hydrogène sulfuré était plus élevée lors des premiers alimentations du digesteur d'essai.