L’électrostimulation est largement utilisée dans le domaine sportif pour augmenter sa force musculaire ou dans un but de reconditionnement musculaire après une blessure. Récemment, un nouveau type d’électrostimulation (« wide pulse high frequency » ou WPHF) a été proposé dans la littérature. Ce nouveau mode de stimulation WPHF permettrait de respecter le principe de taille, i.e. de recruter par boucle réflexe les motoneurones de petit diamètre, innervant les fibres oxydatives, résistantes à la fatigue. Par opposition, l’électrostimulation de type conventionnel résulte en un recrutement aléatoire des unités motrices (i.e. proportionnellement plus d’unités motrices glycolytiques, plus fatigables, pour une intensité de stimulation donnée). Le mode WPHF pourrait donc s’avérer intéressant pour sélectivement entrainer les fibres musculaires oxydatives (utilisées par les sportifs d’endurance). Ainsi, le but de cette étude croisée a été de comparer la fatigue musculaire induite par un protocole d’électrostimulation conventionnel (fréquence de stimulation 25 Hz, largeur d’impulsion 50 μs) et un protocole « wide pulse high frequency » ou WPHF (fréquence de stimulation 100 Hz, largeur d’impulsion 1 ms). L’hypothèse de travail était que des contractions répétées induites par électrostimulation de type WPHF induira une fatigue neuromusculaire moindre par rapport à un protocole identique réalisé en EMS classique.
Un total de 14 sujets (11 hommes, 3 femmes, taille : 175 ± 5.1 cm, masse : 71.9 ± 9.4 kg, âge : 27 ± 4 ans) ont été recrutés pour participer à l’expérimentation, comprenant deux sessions de tests. Le protocole fatigant était composé de 20 contractions de 20 s, espacées de 40 s de repos, à une intensité de stimulation initiale correspondant à 10% de la contraction maximale volontaire (CMV) au niveau des muscles fléchisseurs plantaires. La fatigue neuromusculaire a été évaluée par la diminution de la CMV ; de plus, les altérations centrales (nerveuses) et périphériques (musculaires) ont été étudiées respectivement en utilisant la neurostimulation transcutanée au niveau du creux poplité (nerf tibial).
La CMV a significativement diminuée, sans aucune différence entre les deux protocoles (25 Hz – 50 μs : -6.2±2.5% vs. 100 Hz – 1 ms : -7.0±2.7%) (P<0.01). Une diminution significative (P<0.001) de l’amplitude des ondes M des muscles gastrocnemius lateralis et gastrocnemius medialis ainsi que de l’amplitude de la secousse musculaire (~-13%, P<0.001) a été notée, sans différence entre les deux conditions. Le niveau d’activation maximal volontaire n’a pas subi de changements (P>0.05).
Les résultats montrent un même niveau de fatigue neuromusculaire entre les deux conditions de stimulations et ne permettent pas de conclure à un recrutement différent ; l’hypothèse de départ ayant été rejetée, nous n’avons pas d’éléments nous permettant de conseiller ce type de stimulation dans le but de solliciter sélectivement les fibres musculaires oxydatives.